Voyage sensoriel au cœur d’Abidjan

Eglise-Saint-Paul-Abidjan

 

Je vous présente le texte qui m’a permis d’être retenu pour intégrer Mondoblog. Attention ! Il comprend plusieurs expressions typiquement ivoiriennes. Pour le comprendre, vous pouvez vous référer aux notes de bas de pages. Bonne lecture. Et n’hésitez pas à laisser un commentaire.

 

 

Ennuyée, je me décide à visiter AbidjanIntriguée, je me suis levée pour regarder par la fenêtre,

j’aperçus alors En’Kaï dans toute sa grandeur et sa splendeur. En’Kaï, la déesse-mère chérie des Massaï et source de toute vie se mouvait dans la ville d’Abidjan. A ce fœtus métropolitain, elle fournissait un placenta riche en vitamine B-Espoir, en Oméga Travail et en hormone Joie 225. Cette ville ivoirienne se dressait devant moi sous ce soleil de plomb et j’en tombais amoureuse. Laissez-moi vous peindre un endroit remarquable où j’ai pu expirer toute mon inspiration.

 

 

De ma fenêtre, je voyais Adjamé, la commune aux mille-et-un trafics.

Là, on y trouvait de tout ; du ventilateur aux ordinateurs en passant par des poumons transplantables. Que pouvez-vous donc chercher qu’un commerçant du Black n’ait pas ? Une seule destination : Adjamé. Et ne vous inquiétez pas de l’itinéraire. Les gbakaman (1) peuvent vous déposer au calme. Dans cette section de Babi (2), il n’y avait que des hommes d’affaires. Djo (3), chacun cherche son djai (4) ! On se crevait un tympan à entendre une jeune fille s’égosiller pour liquider son stock de boucles d’oreilles. On se dégotait un rhume à sentir les aisselles d’un apprenti chauffeur quand on monte à bord de son wôrô-wôrô (5), transport par excellence des pauvres gens. Et on se laissait charmer par les vendeurs qui faisaient tout pour vous arracher quelques billets. Quoi qu’il en soit, vous ne ressortirez jamais d’Adjamé comme vous êtes venu.

De ma fenêtre, je pouvais observer les gars (6) et gos (7) de Yopougon à la rue Princesse.

Évitez les idées toutes faites et les clichés d’humoristes. Ce ne sont pas tous des ivrognes, ils ont juste une soif de chameau. Ce ne sont pas tous des fêtards, juste qu’ils apprécient la compagnie de leurs amis sous fond sonore. C’est ça Yop City. La joie de vivre, l’espoir, la fraternité y règnent en maître et les groupes wôyô (8) chantent leur louange.

De ma fenêtre, je voyais du mouvement, de l’empressement, du chahut, des fêtes.

Il se passait toujours quelque chose à Babi. Une chienne met bas ? Vite, une fête. Le mariage de votre sœur ? Rapido presto, on informe tout le village qu’il vienne avec le cortège de bruits et le lot de cousins lointains. Un ami a découvert qu’il était cocu ? Hop, on met son histoire en chanson version Zouglou (9). Y-a-t-il seulement un événement qui n’est pas célébré en Côte d’Ivoire ? Même la Faucheuse a son tube zouglou.

De ma fenêtre, s’élevait de Babi une réelle cacophonie.

A Abobo, l’on pouvait entendre des jeunes gens parler dans un langage bien connu des ivoiriens. Le nouchi stimule les muscles les plus enfouies et les moins connus de la mâchoire et dont la pratique est un véritable calvaire pour les étrangers. Du haut de ma fenêtre, ce n’était pas seulement du grabuge que j’entendais. Au-delà, En’Kaï me faisait écouter la voix d’un peuple qui a soif de croissance économique, d’emploi, de liberté, de technologie, de développement.

De ma fenêtre, les odeurs de la capitale ivoirienne me parvenaient.

Les gaz d’échappement des épaves mobiles des abidjanais avaient intoxiqué l’air d’Abidjan. Ça nous détruisait les poumons à petit feu mais on ne s’en inquiétait pas ; on pouvait toujours en prendre de neufs à Adjamé. Faites un tour d’Abidjan en voiture et vous aurez fait le tour du monde des effluves. Vous serez passé devant le garbadrome (10) et le garbatigui (11) vous aurait servi un bon plat de garba (12) chaud bien salé et pimenté. Et je ne vous parle pas des arômes des sauces d’ici. Mafé, Kedjenou (13), Gombo, toutes ces senteurs me parvenaient et me mettais l’eau à la bouche.

Enfin, de ma fenêtre,

je me suis rendue compte que j’étais restée beaucoup trop de temps à la fenêtre et qu’il fallait être fou pour ne pas se laisser emporter par la mélodie joyeuse que fredonnait à l’unisson les gars et gos de Babi. C’est décidé : je descends me mêler à la troupe. Et vous, quand vous décideriez-vous à vous laisser tenter par les charmes à l’Abidjanaise ?

 

1 Chauffeur de van pour le transport de personnes
2 Abidjan
3 Interjection témoignant d’une certaine évidence
4 Argent
5 Van aussi appelé Gbaka
6 Hommes
7 Femmes
8 Genre musical ivoirien dans lequel on conte une histoire avec pour seul accompagnement un tam-tam
9 Genre musical
10 Lieu où se vend le garba
11 Celui qui vend le garba
12 Semoule de manioc (attiéké) accompagné d’un poisson thon frit et des condiments
13 Soupe de poulet, généralement accompagnée d’attiéké

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