Manifeste des enfants de la liberté

Enfant noir embrassant son poing

Devenons des enfants de la liberté

Marc Levy écrivait en 2007 les enfants de la liberté. Ce roman retrace la vie de jeunes étrangers qui se sont battus pour les citoyens de leur pays d’adoption, la France. Ils avaient à peine la vingtaine. Tous, espagnols, russes, polonais combattaient le système imposé par Hitler. L’Occupation avait redonné de nouvelles couleurs au pays de la déclaration universelle des droits de l’Homme. Les français du maréchal Pétain ne s’en prenaient pas aux véritables coupables et assassins, les miliciens allemands. Non, la France de Pétain s’en prenait à ceux qui faisaient la guerre qu’elle n’avait pas le courage de faire. Ces juifs avec leurs étoiles jaunes telles la cicatrice d’Harry Potter, ces métèques avec leurs accents si reconnaissables et si méprisables sont morts pour leur liberté mais aussi celle des français en chantant fièrement La Marseillaise.

Vous vous demandez certainement pourquoi je vous parle de cela ? Vous vous dites pourquoi j’écris sur l’Histoire ? Pourquoi d’ailleurs sur l’Histoire d’un autre continent ? Ne suis-je pas censé parler uniquement de l’Afrique ? N’est-ce pas là mon champ d’action ? Et c’est exactement là que vous vous trompez. Cette trame se déroulant dans les années 40 peut être parfaitement réadapté au contexte actuel. Comme quoi, l’Histoire n’est qu’un cycle. J’ai alors pensé que tout le monde devrait savoir ce qu’est un enfant de la liberté. Quelles sont les traits caractéristiques d’un enfant de la liberté ? Comment agit-il ?  Quelle est sa philosophie ?

 « Que leurs voisins souffrent, tant que la peine ne pénètre pas chez eux, ils préfèrent ne rien voir : faire comme si les mauvaises choses n’existaient pas. »

Nous sommes nombreux à agir de la sorte. A faire comme si les problèmes du reste du monde tant qu’ils ne nous concernent pas, n’existent pas. Les africains ne se sentent pas concernés la plupart du temps par les problèmes des afro-américains. Et vice versa. Où est passé notre penchant panafricain ? Certains se plaignent sur Facebook que les démonstrations de compassion envers l’attentat de Londres ou de Manchester, ou de Nice sont beaucoup plus importantes que celles envers les attentats au Nigéria, au Mali. Désolé mais ceci n’est pas une compétition de propagande. C’est d’une logique implacable qu’on en parle plus que des attentats en Afrique. La plupart des médias que nous suivons sont justement occidentaux. Ce n’est pas étonnant qu’ils parlent plus d’eux. C’est de l’égocentrisme médiatique et c’est tout à fait normal. Mais là n’est pas la vraie question.

Le vrai problème se situe au niveau de notre implication dans les difficultés que traversent le reste du monde. Ce n’est pas parce que je suis afrocentrique, panafricaniste, que la souffrance des autres doit m’être égale. Ce n’est pas parce que je suis africaine, que j’ai suffisamment de problèmes comme ça  sur mon continent que je vais fermer les yeux sur les injustices commises à l’autre bout de la planète. Avant d’être africaine, européenne, asiatique, je suis humaine. En tant que tel, j’accepte le fait de vivre dans une communauté bien plus grande que ma simple région. Si les enfants de la liberté si bien décrits par Marc Levy s’étaient considérés comme italiens, hongrois, roumains, etc. avant d’être français, s’ils avaient décidé d’accepter leur sort au lieu de perdre la vie pour ceux qui justement les lynchaient, l’Occupation aurait été une période bien plus sombre. Nous devons être une communauté sensible à tout ce qui se passe autour de nous afin d’agir plus promptement face aux crimes et à l’injustice.

« Nous n’avons jamais tué un innocent, pas même un imbécile »

Enfant tenant une arme à feu

La deuxième chose que l’on apprend des enfants de la liberté, c’est que la vie est précieuse.

«  Nous ne nous battons pas pour mourir, mais pour la vie tu comprends ? » répétaient-ils souvent.

Ils se battaient pour que d’autres aient ne serait-ce que quelques mois de répit avant le camp de concentration. Dans cette Europe-là, ce n’était pas rien. Le temps et la liberté. Voilà ce qui comptait vraiment. Le temps de profiter de sa famille pour certains. Le temps d’envoyer plus de Juifs dans les camps de concentration pour d’autres. Moins pour un groupe signifiait plus pour l’autre. Mais même dans cette guerre de temps, même lorsque sauver des innocents pouvaient mettre une mission en déroute, les enfants de la liberté ne reculaient devant rien. Seuls ceux qui tuent, déportent ou arrêtent doivent mourir.

Voilà une belle philosophie que tous les activistes devraient embrasser. Combien sont morts dans des altercations entre protagonistes ? Combien ont été grièvement blessés lors d’une confrontation qu’ils n’avaient pas prévu ? Leur seul tort, c’est d’avoir été au mauvais endroit au mauvais moment. On en a marre des groupes d’étudiants qui revendiquent un quelconque droit et qui violentent des innocents par la même occasion. On en a ras-le-bol des mutins qui ne respectent pas la hiérarchie, qui bloquent toute une économie pour quelques billets. Nous, les innocents, sommes fatigués d’être les premières victimes alors que nous sommes les derniers coupables.

Un innocent n’est jamais un dommage collatéral. Et ce, peu importe l’importance de l’action ou de la cause à défendre.

Oui, je sais. C’est plus facile à dire qu’à faire. Mais pour une espèce qui a marché sur la lune, ce ne devrait pas être super compliqué d’épargner une vie.

« Tu vois, c’est l’histoire d’un curé qui se prive de manger pour sauver un Arabe, d’un Arabe qui sauve un juif en lui donnant encore raison de croire, d’un Juif qui tient l’Arabe au creux de ses bras, tandis qu’il va mourir, en attendant son tour ; tu vois c’est l’histoire du monde avec ses moments de merveilles insoupçonnés. »

Enfant joyeux

En voilà, un sujet chaud. Un sujet avec lequel il faut prendre la pincette. Parait-il qu’il ne faut pas heurter la sensibilité de l’auditoire, du lectorat ou de l’audimat. Il est de plus en plus difficile de dire les choses telles qu’elles sont. Quand on essaie de les tourner en dérision pour les rendre moins importantes, c’est encore plus grave.

Vous savez, le plus beau dans ce roman de Marc Levy, c’est l’union de toutes ces personnes de différentes nationalités. Ils étaient tantôt italiens tantôt hongrois et etc. mais tous se supportaient l’un l’autre. Ils croyaient en un idéal commun. Ils se fichaient de savoir de quel origine était l’un, quel accent avait l’autre. Ils avaient un but commun.

La citation ci-dessus est extraite d’un passage où les personnages sont dans une prison, un endroit sinistre et sale. Et dans cette détresse, ils se serrent les coudes. Avant de rentrer dans cette prison, la nationalité, les origines, la religion ne comptait pas. Mais dans cette prison, elle comptait encore moins.

Le terrorisme est notre prison. Mais ce n’est pas en devenant islamophobe qu’on en sort. Ce n’est pas en assimilant l’islam à la mort qu’on en est libéré. Ce n’est pas en privant les musulmans de leur liberté de croire que nous en sommes sauvés. Non. C’est en se rappelant que l’islam est une religion d’amour et de paix ; c’est en se souvenant que les musulmans ne sont pas tous membres de l’Etat Islamiste ; c’est en prenant conscience que nous ne pourrons nous débarrasser de ce fléau qu’en faisant qu’un que le miracle se produit. Parce qu’unis, rien ne nous résiste.

Le réchauffement climatique est notre prison. Cette terre est la nôtre. Elle était là avant que nous voyions le jour et elle devrait être là après que nous mourrions. Elle devrait surtout être en bonne état après notre mort. Ce n’est pas en essayant de rendre l’Amérique grande encore que nous en serions sauvés. L’argent ou la prospérité sont bien inutiles quand il n’y a plus de vivriers à se mettre sous la dent. C’est ensemble et seulement ensemble que nous pourrions résoudre ce problème. Parce qu’unis, rien ne nous résiste.

En définitive,

« Ce qui compte aujourd’hui, c’est que des mots de vérité, quelques mots de courage et de dignité pleuvent sur le cortège. Un texte gauchement écrit, mais qui dénonce quand même ce qui doit être dénoncé ».

Les enfants de la liberté est une fiction mais qui s’appuie sur des faits historiques réels. La conscience du monde a voulu que Marc Levy fasse passer un message aux amoureux de la liberté, aux détracteurs de l’injustice et aux grands activistes. C’est cette même conscience qui a désiré que je vous rappelle que nous constituons un bien petit village dans l’espace. Elle a tenu à ce que j’insiste sur le fait que chacun doit œuvrer pour le mieux vivre, pour le vivre ensemble. Soyons acteurs du changement.

PS : N’oublions pas que les enfants de la liberté étaient des étrangers, des migrants…A suivre

Bouche d'un enfant noir

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