La question de l’ethnicité en Afrique

Petite fille habillée en peul

 

Gottlob Frege (1894) se prononçait en ces termes :

« Puisque toute définition est une identité, l’identité elle-même ne peut être définie ».

Ainsi, la notion d’ethnie reste-t-elle floue et sa définition complexe. D’autant plus que peu sont les anthropologues qui s’y attardent, préférant largement expliquer les conséquences de l’ethnie sur l’organisation sociale. Si l’ethnie ne semble pas avoir de définition qui ait trouvé yeux auprès de tous, l’ethnicité par contre est le sentiment d’appartenir à un groupe différent des autres et de le revendiquer. A en croire les médias, il semblerait que tous les conflits contemporains de l’Afrique aient pour unique cause latente ou patente ce sentiment d’appartenance à une des nations au sein d’un Etat.

L’Afrique est-elle vraiment marquée par l’ethnicité ? Ou porte-t-elle encore les stigmates d’une époque coloniale ?  Dans quelles mesures l’ethnicité peut se révéler être un frein au développement de l’Afrique?

Les africains se prévalent d’avoir une identité tantôt créole, tantôt zulu, tantôt yoruba. Ils en sont fiers. Mais peu savent qu’il s’agit d’un héritage de l’époque coloniale. Loin de moi l’idée de penser que les ethnies n’existaient pas avant l’arrivée des Blancs sur nos côtes. Seulement les différences entre ces groupes ethniques n’étaient pas marquées et ne posaient par conséquent aucun souci d’ordre politique ou social. L’administration coloniale a jugé que cet état de fait prouvait notre primitivisme. Et dans un souci de civilisation et d’organisation des colonies, elle a accentué les différences entre groupes ethniques pour les classer et mieux les diriger. C’est assez paradoxal parce que l’administration coloniale était censée porter un message d’universalisme et de République alors qu’en réalité, elle créait des dissensions au sein des colonies.

Toutefois, c’est à la succession des Big Men (hommes politiques ayant obtenu l’indépendance pour leur pays) dans les années 90 que la notion d’ethnicité a été reprise par les politiciens. En effet, avec la mort des Big Men, c’est aussi le système de parti unique qui meurt. Dans un environnement politique plus concurrentiel parce que plus ouvert, l’ethnicité devient un moyen pour les politiciens de gagner les élections. Le sentiment de loyauté envers les personnes du même groupe ethnique « obligent » les Bété, par exemple, de voter pour un candidat de la même origine.

La situation politique en Côte d’Ivoire depuis la mort de son père fondateur Félix Houphouët Boigny en fait un exemple typique.

Ce dernier dans un souci de dynamique agraire a invité certains cultivateurs de pays étrangers à s’installer en Côte d’Ivoire. Ces derniers n’avaient pas toujours la nationalité ivoirienne mais avaient un droit de vote. Monsieur Big Brother Félix Boigny voulait s’assurer de toujours sortir vainqueur des élections. Cette situation ne gênait pas jusqu’à ce qu’un candidat à la présidentielle aux origines douteuses se présente. Et là, ça a fait jaser. Surtout qu’avec la chute des cours du café et du cacao, les ivoiriens remettaient la faute sur les étrangers. Chaque politicien a vu là une aubaine pour gagner le suffrage. De Henri Konan Bédié à Laurent Gbagbo sans oublier Alassane Ouattara lui-même, tous ont joué la carte de l’ethnicité et ont accentué les dissensions entre chaque ethnie. Mais surtout entre zone géographique, opposant ainsi le nord des Dioulas et le Sud des Bété et Baoulé.

En outre, l’ethnicité a des répercussions tant sur la politique que sur le social.

D’un côté, cette division en différents groupes ethniques ne favorise pas la formation d’une nation nécessaire à la bonne marche d’un Etat démocratique. Et d’un autre côté, elle crée des tensions entre groupes ethniques plus ou moins profondes qui peuvent facilement tourner au massacre, au génocide (voir cas du Rwanda).

Vous l’aurez donc compris, loin d’être la manifestation de haine atavique entre peuples, l’ethnicité est surtout un instrument politique. Contrairement à ce que les médias veulent nous faire croire, l’ethnicité n’est pas le problème aux conflits contemporains en Afrique. C’est plutôt l’argument ethnique utilisé à tout va par nos politiciens qui en est la cause secondaire. La cause première étant, comme partout ailleurs la conquête du pouvoir.

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